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[Fil Actu] Que vont faire les FAIs ?

Publié le vendredi 14 février 2003 /news135

Contenu archivé, non mis à jour. Ce texte est reproduit tel qu'il a été publié par la Fédération Informatique et Libertés. Les informations, textes de loi et outils qui y sont cités sont ceux de leur époque.


Question de principe

Désolée mais il faut que je vous parle – encore ! – oui encore – des logs… vous savez vos données personnelles. Je sais, vous allez dire  » y’en a marre de ses paranos sur les logs et la rétention des données auxquelles on ne comprend rien « ,  » marre de déprimer sur les méchants projets de loi du gouvernement  » et que  » on pourrait peut-être parler de choses un peu plus…. enfin un peu moins… ». Mais la parano que je ne suis pas, va insister encore une fois, puisque de leur côté notre gouvernement et le gros de nos parlementaires font cause commune avec les services de police et de renseignements et persistent à nier notre vie privée. Une preuve ? Quand Sarkosy reçoit le 30 janvier les FAIs (fournisseurs d’accès) pour discuter d’économie numérique (voir Politis N°735) , il a, en guise d’arguments de poids, invité quelques amis – la PJ, les RGs et la DST entre autre. Ambiance !

Autant donc savoir ce qu’on nous prépare. Vous vous souvenez que pour faciliter les investigations, il a été convenu que les fournisseurs d’accès (internet et téléphone au moins) conserveraient toutes nos données de communications pendant un an. Beaucoup ont crié au loup, mais c’est passé au chausse pied, je vous ferai grâce des détails. Et puis cet été le projet de Loi Sécurité Intérieure (PLSI) de Sarkosy, prévoit qu’il serait bon, pour la célérité des enquêtes, que la police puisse fouiller directement les bases de données des fournisseurs (internet comme téléphone). Les défenseurs des libertés sont scandalisés  : en gros, c’est comme si on nous disait que parce que c’est techniquement facile, la Poste devrait conserver et donner des doubles de tous les courriers reçus et envoyés ! Prudent, Sarkosy fait disparaître la mesure du texte soumis au Sénat. Mais elle réapparait en janvier sous la forme d’un article 8ter rajouté en loucedé par les députés. Lequel propose que les  » organismes ou personnes visés (…) rendent accessibles les informations requises par voie télématique ou informatique dans les meilleurs délais ». Autrement dit les investigateurs doivent pouvoir perquisitionner à distance et les FAIs sont priés de laisser la porte de leur serveur ouverte, ou au moins un double des clés. Là ce sont les FAIs qui coincent. Selon la bonne vieille technique de la gifle et de la caresse, la commission paritaire mixte (Sénat/Assemblée) vient de reformuler la chose. Ils ne doivent plus que « mettre à disposition « . Un glissement lexical qui soulagera peut-être assez les FAIs pour commettre ce petit meurtre. Et comme le tri couterait cher, et qu’on ne sait qui va payer et combien, il y a fort à parier que les contenus des correspondances ne seront pas séparés des  » informations requises « . Le risque étant, bien sur, de se faire boycotter massivement par leurs abonnés.

Mais d’un tel forfait les FAIs et les politiques devront d’une manière ou d’une autre rendre compte aux abonnés/citoyens trahis. Car quel droit nous reste-t-il dans tout ça ? Celui de payer dime, gabelle et octroi, et ne rien pouvoir dire ni faire quand les services d’investigation vont fouiller dans les doubles de nos courriers que la Poste – pardon les FAIs – leur fourniront docilement ? Inconcevable, même si  » on n’a rien à cacher  » – et comment d’ailleurs en être si sur ? Sans doute convient-il de leur rappeler que si les lois peuvent être opportunément modifiées pour faire que notre vie privée entre autre soit sacrifiée aux impératifs de la sécurité et du business-roi, (sans aucune garantie de succès d’ailleurs), ils n’ont pas le pouvoir – on l’espère en tout cas – de réécrire la Constitution, et les déclarations et conventions des Droits de l’homme.

Alors si vous pensez qu’aucune raison, même d’état, ne justifie que chaque fois que vous envoyez un mail – à votre ami-e, amant-e, frangin-e, kamarades, contact, client, associé -quelqu’un lise derrière votre épaule. Qu’aucune raison ne justifie qu’  » ils  » sachent que vous aimez bien la tarte au citron, MC5, les décapotables et les back-room. Ou qu’ils osent dire, comme notre cher ministre de la Culture, que la défense des intérérêts d’Hollywood and Co vaut bien un petit  » viol  » de la vie privée (sic). Ou que sous couvert de chasse aux pédos, ils s’arrogent le droit de savoir où, quand et comment vous pratiquez la masturbation. Et bien dites le. Dites à votre FAI que si il accepte d’être le censeur/juge/flic de service, vous changerez de FAI. Dites à votre opérateur de mobile que si il joue l’indic, vous jeterez votre portable. Après tout on vivait bien sans. Boycottez ces arrogantes maisons de disque et les artistes qui les cautionnent. Dites à Raffarin que vous voyez bien qu’il se soucie plus de fric que de démocratie, de ceux d’en haut que de ceux d’en bas. Ne vous servez plus d’internet n’importe comment. Fermez vos enveloppes. Communiquez moins et mieux. Exercez ces droits dont il ne saurait être question que l’on vous prive, sauf à ne plus être en démocratie.

par Christine Tréguier Babilweb Politis N° 737 – Copyright Politis


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